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  • Fiction 2) Retrait des troupes

     

    Le premier attendit la fin des discutions pour s'éclipser discrètement de la réunion, le second le suivit quelques minutes plus tard quand tout le monde se fut agglutiner autour de la collation traditionnelle, en entrant dans la pièce il dit :


    « Que penses-tu de la proposition américaine, Otto ? »


    Les deux ministres des affaires étrangères, allemand et français, se retrouvaient dans l'un de ces bureaux impersonnels comme seuls peuvent l'être ceux, à Bruxelles, aménagés pour les ministres du Conseil de l'Union Européenne.


    Il y avait là un mélange de mauvais goût et d'inconfort qui touchait au génie, des fauteuils à la table basse, de la couleur des peintures murales aux photos qui y étaient apposées, cela y transpirait, à l'identique, les plus impersonnels installations des administrations provinciales des pays de l'union, jusqu'aux tasses à café octogonales, incommodes, qui, à chaque instant, pouvaient laisser échapper un peu de breuvage sur la chemise du plus attentif.


    Tous deux, monsieur Otto Stücberg, le ministre allemand comme monsieur Pierre Verneuille, le ministre français se connaissaient depuis les universités et les grandes écoles qu'ils avaient suivi ensemble dans les deux pays, ils avaient, dès le début, sympathisé et quand bien même leur vie professionnel les avaient éloigné, le premier comme professeur d'académie et le second au sein d'un parti politique, ils avaient continué de garder continuellement contacte, ce n'est qu'aux dernières élections qu'ils se retrouvèrent être en charge du même ministère de leur patrie respective.


    Polyglottes, ils passaient, sans distinction, d'une langue à une autre, allemand, français, anglais voire italien et s'amusaient, parfois, à quelques échanges en latin, hindi ou mandarin.


    Le ministre allemand réfléchissait un instant en touillant lentement son café de sa petite cuillère, l'air absent. Son alter égo le laissait à sa méditation, le connaissant, il savait combien étaient profonds ses moments de réflexions.


    « Je ne vois pas comment nous pourrions faire autrement que de l'accepter, » repris le ministre allemand, « nous devons montrer que l'Europe ne laisse tomber aucun de ses alliés, fût-il ruiné, et de plus cela nous permettra d'incorporer à bon compte deux portes-avions et autres navires à nos marines, notre principal souci étant que nombre de pays de l'Union-Européenne ne verrons pas d'un très bon œil qu'un pays ou un autre, évidemment les nôtres, renforce ainsi sa flotte, nous devrions en profiter pour jeter les bases d'une marine européenne.


    -J'en suis venu à la même conclusion bien que je reste encore perplexe. »répondit le ministre français « En as-tu prévenu ton gouvernement ? Personnellement je ne l'ai pas encore fait, j'attendais d'en discuter avec toi, surtout que la façon avec laquelle nous fûmes contacté... il me semble que ce le fut pour toi de la même manière que pour moi, sur ton portable, et la personnalité qui le fît me laisse songeur, un général de l'U.S. Navy sans grande envergure...,


    -Le général Géronimo, cela ne s'invente pas, j'avais reçu plusieurs notes m'avisant que l'armée américaine recrute, depuis quelques temps, beaucoup d'amérindiens, ils en deviendraient même quasiment majoritaire et, ce, dans les trois armées. Ceci explique peut-être cela. Mais bon, échanger des navires à la pointe de la technologie contre le rapatriement des troupes bloquées en Irak et en Afghanistan, quand bien même ce rapatriement coûterait extrêmement cher, ce sera moins coûteux que de fabriquer de tels vaisseaux nous-même, ce coût ne sera pas facile à faire avaler à nos chefs d'état et ministres de l'économie, sans parler de monsieur Sanchez, président de la commission européenne et de monsieur matelli, celui de la banque centrale, tous deux quelque peu pingres et toujours néolibéraux.


    -Bof, ces deux là se laisserons faire après quelques pressions, ils ne sont animé ni par le courage ni par la subtilité, notre problème consiste à convaincre mon président et ton chancelier, et même si l'échange navires contre rapatriement se fait à notre avantage, n'est pas sûr qu'ils en soient d'accord, sinon j'en ai déjà parlé à mon confrère de la défense qui semble me suivre, ne te parraît-il pas proche du tiens ?...


    -Si, ils sont tous deux militaires et se comprennent, je le contacterais tout à l'heure, il va nous falloir trouver des alliés dans nos gouvernements, j'en connais quelques uns qui nous aiderons...


    -J'ai aussi des noms à l'esprit, je vais envoyer de mes conseillers faire des approches. Mais notre autre souci consiste à savoir si c'est bien le gouvernement américain qui conduit cette transaction ou si c'est le fait d'une action isolée, pour cela tu connais aussi bien que moi la situation, nous ne parvenons plus à contacter qui que ce soit à la maison-blanche si ce n'est quelques administratifs de second ordre, leur président et vice-président a comme disparu, je n'arrive même plus à joindre l'ambassade américaine à Paris...


    -j'ai toujours, quand à moi, un contacte à Berlin, heureusement que chez nous ce ne sont que les banquiers qui se sont éclipsés, mon collègue de la justice avait, en arrivant ici, une mallette remplie de mandas d'arrêt internationaux.


    -Le mien aussi, je les ai tous vu s'échanger leurs foutu mandas, « je te de donne ceux-ci, tu me prends ceux-là », c'était assez comique à voir. »


    Tous deux de rire.


    Pierre Verneuille repris :


    « De toute façon, nous ne pouvons pas faire grand chose sans avoir prévenu tout le monde, nos gouvernements, nos confrères, je crois que nous n'allons pas beaucoup dormir la semaine prochaine.
    -A qui le dis-tu, moi qui sors à peine d'une élection, une dernière chose, je te propose de garder tout cela sous silence, évite de parler aux journalistes, je te connais.


    -Comme si je n’arrêtais pas de blablater, et sinon, comment va Éva ?


    -Comme un charme, quand elle a appris que je venais ici elle m'a demandé de t'embrasser pour elle, au fait, c'est vrai que t'es grand-père ?


    -Oui, depuis trois jours, j'ai juste eu le temps de passer voir ma fille et son enfant, un petit Fabien, avant de venir, ils vont bien, c'est le père qui est le plus tourneboulé, je ne sais pas ce qu'elle lui trouve.


    -Ah, les pères et leur fille, toujours la même rengaine! » dit-il en avalant d'un trait son café devenu froid, puis il posa sa tasse sur la table, ils se levèrent ensemble, déjà leur téléphone en main, et sortirent l'un après l'autre avec aussi, à l'esprit, une communication urgente à faire aux autres ministres heureusement toujours en salle de réunion.

    THEURIC



  • Fiction 1) La ruine

     

    « Quand pars-tu ?

    -Dans trente minutes je vais à l'aéroport et l'avion décollera à six heure, ce soir ce sera le dernier, après l'aéroport sera fermé.

    -J'en ai parlé avec le général Black, il va y faire son cantonnement et nous utiliserons les surfaces restantes pour des cultures après avoir dépolluer le site.

    -Bonne idée. »

    Les deux hommes, chacun un grand mug à la main remplit d'un liquide chaud se voulant café, se tenaient face à face, assis dans un petit laboratoire de l'université encombré de matériels épars en plus ou moins bon état. La fatigue se lisait sur les visages.

    « Merci, Alexandre, pour l'escorte.

    -Non, c'est moi, Albert, qui te remercie, c'est nous tous qui te remercions, sans toi je ne sais pas ce que nous aurions fait et puis c'est le général qui nous a confié ces hommes. Plus aucune route n'est sûre, des militaires armés sont aujourd'hui le seul passe-port efficace. Je suis épuisé, ça fait six mois que je ne dors pas suffisamment », dit-il se frottant les yeux.

    « Comme nous tous, tu te rends compte du travail que nous avons accomplit, en six mois, après l'effondrement du dollar.

    -C'est vrai, et revenir à des techniques anciennes pour que nous puissions vivre en autarcie était de toi, il nous a fallu trouver à la bibliothèque les livres traitant de ces vieilles technologies, retrouver les gestes anciens, regardes mes mains, elles sont caleuses comme jamais...

    -Oh, les miennes n'ont pas bonne mine non plus, regarde » dit-il en lui montrant ses paumes abimées par les travaux physiques, « d'un autre coté ça a fait fondre toute ma graisse, je ne peux plus mettre mes pantalons, ils sont beaucoup trop large, au moins à quelque chose malheur est bon, j'ai retrouvé ma forme.

    -La même chose pour moi, j'ai l'impression de flotter dans mes chemises. Au fait, tu sais combien nous sommes de professeurs restant à l'université, j'ai fait le compte hier, nous ne sommes plus qu'une vingtaine, les autres sont parti progressivement.

    -J'espère que je serais le dernier, tu te souviens de Bob ? Il est parti le premier en même temps que Margarette, il y a cinq mois, il faut dire qu'en cette période les rues n'étaient déjà plus sûr et elle avait peur pour les enfants.

    -Elle a eu raison de partir, en France je crois ? Où travaille-t-elle ?

    -Comme elle est française, elle a pu trouver, en peu de temps, un bon poste dans une université de Bordeaux ainsi qu'un logement, elle m'en a aussi réservé un dans la même faculté, mais nous avons de plus en plus de mal pour nous joindre, le téléphone comme internet fonctionne de moins en moins bien, elle s'inquiète pour moi...

    -Je la comprends, comme tout le reste, ce n'est même plus la peine d'écrire une lettre, la poste ne marche plus. J'ai réussi à joindre le professeur liethmann au téléphone, ça n'a duré que vingt secondes, j'ai fini par le joindre par notre radio onde-courte, il va bien, lui et son équipe ont sécurisé leur centrale nucléaire.

    -Voilà un problème en moins. »

    Un long silence s'établit entre les deux hommes, aucun n'osant croiser le regard de l'autre, sur un mur un grand tableau noir était recouvert d'équations à moitié effacées comme les dernières traces d'une ère finissante.

    Albert repris :

    « Cela m'ennuie de vous lâcher comme ça...

    -Tu as fait ta part, Albert... »

    Le silence retomba, un silence triste, lourd de regret, de fatigue et d'amertume.

    « Ta fabrique de tuile et de brique en torchis fonctionne à plein régime, nous allons pouvoir bâtir des logements et des fermes hydroponiques, tu te représente, devoir revenir au torchis, ici, aux U.S.A., au vingt et unième siècle...

    -Que veux-tu, le pays est ruiné, je t'ai laissé quelques idées dans ce dossier, là... », il désignât une chaise juste à l'entrée de la pièce où, il y peu, en entrant, il y avait déposé le classeur, « j'y ai jeté toutes sortes d'idées de culture et d'élevage hors sol, tiens, j'y ai mis aussi une ébauche de billet de banque ainsi que deux élèves en art plastique excellents graveurs que je te conseille, et puis tout un tas d'autre choses...

    -Je te fais confiance, tu as dû y travailler toute la nuit, non ?

    -Oui, tu y trouveras également quelques vues pour une conscription de tes étudiants et des jeunes de la ville qui le souhaitent, j'y propose service militaire contre études gratuite.

    -J'étudierais tout ça plus tard mais je crois qu'il va falloir que tu partes.

    -En effet. »

    Tous deux se levèrent et se serrèrent la main sans mot dire, Albert sortit puis monta dans le 4x4 d'où l'attendaient quatre soldats solidement armés.

    Au moment où le véhicule démarrait, Albert cria à l'adresse de son ami :

    « N'oublie pas de cultiver du tabac, fais tes cigarettes, il te faut éviter à tout prix les commerces prohibés. »

    Puis le véhicule fonça vers l'aéroport.

    THEURIC