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  • Fiction n° 11) La signature.

    Assis derrière son bureau, il se sentait las, de ces lassitudes qui s'abattent sur vos épaules et vous laissent groggy comme après un effort intense.

    Les évènements s'étaient suivis à un rythme grandissant lui laissant peu de temps à la réflexion, il lui avait fallu décider rapidement, prendre des décisions capitales sur toutes sortes de sujets sans qu'il puisse prendre le moindre repos.

    En six mois il avait vieilli de dix ans.

    L'effondrement de l'économie américaine accompagnée de celle du reste du monde avait surpris tout un chacun, même si, comme le faisait remarquer plus d'un commentateur, bon nombre d'imminents chercheurs et professionnels en avaient, depuis longtemps, diagnostiqué la proche occurrence et les effets.

    Ces mêmes commentateurs qui étaient auparavant les plus laudateurs de ces représentants de ce dorénavant néolibéralisme en phase terminal.

    La noire chemise ornée d'un R.F. en or fin comme marque de la république, ouverte devant lui, dévoilait les feuillets attendant sa griffe.

    Le décret d'application du retour au franc!

    La disparition du dollar, de la Livre Sterling et du Yen, la déliquescence des États-Unis-d'Amérique avait fait bondir l'euro vers des hauteurs nuageuses avant que cette monnaie ne suive les trois autres dans leur chute abyssale.

    Cela avait totalement déstabilisé l'Union-Européenne déjà bien en peine et détruit les fondement de cette monnaie que, pourtant, il avait tout fait pour sauver.

    Rien n'y a fait.

    Il poussa un profond soupir, prit le stylo-plume en main, se penchait déjà pour signer les décrets puis s'arrêta, releva la tête et se tourna vers la fenêtre.

    Au dehors un début de printemps amenait les tous premiers rayons de soleil un tout petit peu chaud après un hiver d'un froid rigoureux, suivit d'une neige lourde et épaisse qui tint plus d'un mois pour s'achever en une pluie glaciale qui frigorifiait les logements les mieux chauffés.

    Le gazon d'un vert éclatant s'égayait d'une multitude de taches de couleur, autant de fleurs printanières qui profitaient de cette chaleur retrouvée pour offrir aux insectes butineurs leurs premiers repas.

    Un fin rai lumineux transperçait le vieux conifère qui trônait au milieu du parc et venait frapper la vitre pour rebondir au sol, emportant avec lui une myriade de poussières qui voletaient en tout sens, bousculées par cette surprenante luminosité.

    L'homme, toujours son stylo en main, se laissa rêvasser.

    Il se souvint.

    Il se souvint du jour où, en mars, avril 1995, le Président de la République Française d'alors, François Mitterrand,  dans sa proche agonie, le fit requérir par l'un de ses conseillés.

    L’Élysée d'alors était étrangement vide et y régnait le silence d'un deuil, le bâtiment lui-même ainsi que toute la maisonnée assistait la disparition prochaine de l'occupant du lieu.

    Un huissier vint vers lui comme glissant au sol sans que le moindre bruit ne se fasse entendre et l'accompagna jusqu'à la porte du chef de l'état, l'ouvrit, s'effaça pour le laisser entrer puis disparu.

    "Entrez, Hollande, entrez!"

    L'homme, plus amaigri encore, conservait ce regard perçant et sa voix qui ne pouvait pas ne pas lui faire évoquer ce surnom que rapidement tous lui ont attribué: le florentin.

    "Prenez place, je vous prie", lui dit-il en désignant, de sa main, le fauteuil de l'autre coté de son bureau, "j'ai à vous entretenir de votre destinée."

    Toujours intimidé, intrigué, l'invité s'assit.

    "D'ici environ deux décennies vous me remplacerez à ce fauteuil. Pas de fausse modestie, vous en avez l'intelligence et le talent."

    Un vieille homme tel que je le suis à présent, s'acheminant en son dernier parcourt, celui de sa mort prochaine, est souvent conscient des nécessités autant que de l'humanité l'entourant..."

    Tout en parlant, le vieillard se caressait, comme souvent, avec volupté, une main de l'autre.

    "...Et c'est vous qui serez mon successeur comme Président de la République du parti socialiste.

    -Monsieur le Président, je suis heureux que vous puissiez me penser en ces termes mais ne sais pas si je serais à la hauteur de la tâche que vous me confiez...

    -Je ne vous confie rien du tout, monsieur Hollande, je ne fais que voir en vous la stature d'un chef d'état mais ce n'est pas cela qui importe pour le moment, j'ai, au-delà de mon décès prochain...

    -Monsieur le président" s'exclama le cadet "vous...

    -Que voulez-vous, mon jeune ami, ce décès m'est proche et cessez de m'interrompre, je vous prie, comme je vous l'ai dit, au-delà de ma mort prochaine, j'aurais une faveur à vous demander.

    -Je suis à votre service, monsieur le Président" lui répondit le visiteur d'un jour, mal-alaise parce que un peu trop flagorneur à son goût.

    "Vous savez ce qu'il en est de l'écu, bientôt baptisé euro, cette future monnaie n'en est une qu'en apparence et je ne lui donne pas quinze ans après sa mise en circulation pour disparaître, vouloir construire un état central par le seul argent est absurde, De Gaulle, en cela, avait raison.

    -Pourquoi en avez-vous accepté la résolution, monsieur le Président?

    -En raison de la réunification allemande, il m'a bien fallu trouver moyen de l'accrocher à l'Europe et remplacer le mark par une monnaie européenne en était le seul moyen. Ce sera à vous d'y mettre fin, de toute façon vous y serez contraint et forcé, les crises économiques qui ont traversé les deux dernières décennies seront suivies d'autres, bien pires, avez-vous remarqué qu'elles suivent un cycle de cinq à sept ans avec, toujours central, les dérives économiques américaines toujours accrues?

    -Non, je vous l'avoue.

    -Je penses qu'en 2013, 2014 l'humanité tout entière sera touchée par un cataclysme monétaire, ceci sonnera le glas de cette faribole, ce que je vous demanderais ce sera que vous fassiez en sorte que tous les pays européens en sortent en douceur, ce ne sera pas facile, je vous l'accorde, vous seul en êtes capable, c'est pourquoi aujourd'hui je m'adresse à vous, n'oubliez jamais, en Europe, le nationalisme c'est la guerre.

    Sur ce, monsieur Hollande, veuillez me laisser."

    Le Président laissa s'échapper un léger rictus de douleur en désignant la porte à son visiteur.

    Revenu à son présent, le Président de la République contempla un fin nuage blanc qui traversait, nonchalant, le ciel d'un bleu immaculé, porté par un doux souffle d'air.

    Il se retourna puis d'un trait signa les feuillets.

    Tout un ensemble de décrets furent signés ce jour là, à la suite des lois votées en urgence au Parlement et au Sénat permettant aux divers administrations de s'adapter à cette nouvelle valeur de l'euro-franc qui sorti dans la quinzaine qui suivit.


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  • Fiction n° 10) Vengeance!

    Le café grouillait de monde en ce doux début d'automne.

    Dans  cinq, six jour les météorologues promettaient une forte baisse de la température, tout le monde profitait de cette dernière douceur.

    Un brouhaha incessant déversait son flot de paroles, de rires, d'appels  aux garçons de bar, de mouvements de  chaises...

    Attablé seul devant son verre, Marcel attendait, regardant vaguement l'écran de son ordinateur portable, les résultats de sa vengeance.

    Cela faisait trois ans qu'il avait démissionné de l'établissement financier qui l'employait après qu'il se soit retrouvé placardisé dans un bureau minuscule dans lequel se trouvait juste une chaise, une table et une vieille bécane informatique, tout cela parce qu'il avait eu le malheur de prévenir sa hiérarchie des risques de faillite que courrait l'entreprise et l'économie mondiale.

    On ne  laisse pas un génie en informatique comme lui dans cette situation là même si sa machine est ancienne, presque antique, c'est dangereux.

    Il avait donc, patiemment, pendant un an, façonné puis déposé son virus dormant, lui le spécialiste avait contourné tous les barrages et anti-virus que ses confrères avaient mis au point puis, lorsque tout avait été mis en place, il avait déposé sa démission à une direction qui n'y avait vu que du feu.

    Il faut dire que rarement il avait rencontré un tel ramassis d'idiots qui, ce qui n'arrangeait pas les choses, tâtaient de ces produits illicites donnant le vertigineux sentiment de toute puissance mais qui en réalité ravageait les cerveaux et leurs processus  synaptiques.

    "Ces petits malins verront bien sous peu..." Pensa-t-il.

    Il regarda sa montre, encore trois quart d'heure, il avait déjà attendu ce jour quatre ans, il pouvait bien patienter quelques minutes.

    Il se laissa aller à se souvenir de son embauche, la joie qui était sienne de recevoir sa première paye, importante, des premières années candides, presque naïves, ne comprenant pas les traces blanches laissée par la drogue sur les miroirs, les discours impétueux, hystériques voire incohérents suivit d'un air dépressif, parfois hébété de certains, les sorties avec les confrères qui rapidement le fatigua, les conversations économiques avec les diplômés d'écoles commerciales auxquelles au début il ne comprenait rien mais dont ensuite il réalisa les incohérences, le ton des cadres dirigeants qui paraissait ferme et résolu et n'était en réalité que de la suffisance..., puis son isolement, "surtout pour ne pas le laisser au contact de quiconque, on ne sait jamais ce qu'il pourrait raconter et à qui, mais le conserver comme bouc-émissaire au cas où les choses tourneraient mal", il y en a eu quelques exemples dans la planète finance.

    Mais le lampiste potentiel ne s'est pas laissé faire, s'est protégé des risques qu'on lui fasse porter n'importe quel chapeau puis a déversé son poison informatique à son entreprise ainsi qu'à l'ensemble de la finance mondiale, petit à petit, lentement, discrètement.

    Tous, en vrai, il les hait!

    Plus que trente minutes.

    Il se surprit de fredonner la musique du film "l'arnaque".

    Il héla le serveur et lui commanda un nouveau verre de vin, calme et tendu à la fois.

    Il y a quelque temps il avait hésité à annuler toute l'opération puis s'était ravisé, cette crise prochaine arrivera, quoi qu'il se passe, et il n'a fait qu'en accélérer les mécanismes et, au contraire, faire que sa mise en branle advienne plus tôt ne peut qu'en minorer, bien que légèrement, les effets, en ces choses et vu la situation ce n'était plus que des questions de mois.

    Plus qu'un quart d'heure.

    A quelques tables de lui une femme le regardait, regard qu'il lui rendit d'un léger sourire.

    Un homme venant de derrière lui vint à la rencontre de cette beauté un bouquet à la main, elle se leva, ils s'embrassèrent puis partirent tous deux.

    Ce regard ne lui était pas adressé, se rendit-il compte un peu troublé et confus. Il les regarda s'étreindre puis, se retournant, les vit sortir et les suivit longuement des yeux...

    Onze heure pile.

    Il guetta les premiers signes qui tardèrent à arriver.

    "Oui!" Dit-il tout bas quelques minutes plus tard en serrant le point.

    Il paya ses consommations puis se leva et rentra chez lui.

    Deux mois plus tard la ruine de l'économie monde était achevée.


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